Crédit immobilier à plusieurs : ces Français utilisent l’amitié comme levier pour acheter sans apport
Acheter un logement reste l’un des projets les plus structurants d’une vie. Mais dans un marché tendu, avec des prix qui continuent de progresser, l’accès à la propriété est devenu de plus en plus difficile, surtout pour les primo-accédants ou les jeunes actifs. Une solution émerge : acheter à plusieurs, souvent avec des amis ou des proches, pour mutualiser les ressources.
Cette logique d’entraide n’est plus seulement une idée de bon sens, elle commence aussi à être institutionnalisée, y compris à l’international.
À plusieurs, votre dossier change de dimension
Lorsque vous achetez à plusieurs (avec un ami, un cousin, un couple d’amis), cela signifie :
- Une capacité d’emprunt plus élevée : les revenus cumulés permettent souvent de dépasser les critères stricts d’une banque.
- Un partage des mensualités : chacun paie une part, ce qui rend possible l’accès à un logement qui serait hors de portée seul.
- Plus de flexibilité sur le choix du bien : plus d’apport, plus de volume d’achat.
Grâce à ce montage, des ménages qui pensaient “attendre encore quelques années pour épargner” peuvent anticiper leur accession. C’est particulièrement vrai dans les grandes métropoles où les prix s’envolent, et où les prêts classiques demandent désormais des apports importants.
Le revers : quand la banque et la vie réelle compliquent tout
Même si l’idée d’acheter avec des amis est séduisante, plusieurs obstacles apparaissent :
Solidarité bancaire
Dans la plupart des cas, les banques exigent la solidarité des co-emprunteurs : si l’un a un accident de vie ou perd son emploi, les autres deviennent responsables de l’intégralité des mensualités. Cela crée une tension potentielle, même entre amis proches.
Clause d’indivision
Sans contrat clair (comme une convention d’indivision ou une création de SCI), chaque co-propriétaire peut demander la vente du bien à tout moment. Cela peut provoquer des fractures, surtout si l’un souhaite sortir du projet avant les autres.
Critères de prêt qui restent stricts
Même avec plusieurs revenus, les banques évaluent le risque global. Dans de nombreux cas, elles restent prudentes si les profils ne sont pas “stables et réguliers”.
Seuils, apport… et “modèles” qui inspirent
À partir de quel moment cela devient intéressant et/ou possible ?
En France (critère bancaire courant)
Les banques françaises examinent souvent un taux d’effort maximum autour de 35 % du revenu net (incluant assurance), même à plusieurs.
Il reste très rare d’obtenir un prêt sans apport en France, mais certains profils très solides peuvent franchir ce seuil avec la solidarité des revenus.
À Londres : le cas “Buddy Up”
À Londres, une initiative du promoteur Fairview (programme “Buddy Up”) prend en charge jusqu’à 2 000 livres sterling (~2 285 €) de frais juridiques pour des amis qui décident d’acheter ensemble, avec l’aide d’un courtier et d’un avocat. Cette approche institutionnalise l’association entre amis, avec un soutien financier et des conseils professionnels, une piste que certains observateurs imaginent voir se développer ailleurs en Europe.
Les règles pour que l’amitié survive au crédit
Si vous envisagez d’acheter avec un ami ou un groupe, voici les bonnes pratiques :
Mettre en place une convention précise
Un contrat en amont, rédigé par un notaire ou un avocat, peut :
- définir les quotes-parts,
- prévoir les cas de sortie anticipée,
- encadrer l’usage et la revente du bien.
Cela évite les tensions même si la relation est excellente.
Penser SCI ou autre structure juridique
Créer une SCI (Société Civile Immobilière) peut structurer proprement la détention à plusieurs et protéger chacun juridiquement.
Négocier la quotité d’assurance
En co-emprunt, vous pouvez répartir les quotités d’assurance (ex. 60/40 ou 70/30) en fonction des apports, mais attention : cela peut influencer la couverture en cas de décès ou d’invalidité.
Envisager un prêt à faible ou sans apport
Dans certains pays, les banques relancent des offres à faible apport, voire sans apport — souvent plus coûteuses, mais accessibles à des profils solides. Ce type de prêt exige généralement :
- revenus stables et élevés,
- situation professionnelle rassurante,
- dossier bancaire propre.
C’est une option intéressante si vous n’avez pas pu épargner un apport conséquent mais que vos revenus cumulatifs ont du potentiel.
Acheter un bien immobilier à plusieurs entre amis n’est plus une simple idée alternative : c’est une stratégie concrète qui peut rendre l’accès à la propriété plus rapide et plus accessible. Mais ce montage exige une préparation juridique solide, une gestion claire des obligations financières et une anticipation des potentiels scénarios de vie. À mesure que les banques réintroduisent des offres moins rigides et que des initiatives comme “Buddy Up” émergent ailleurs en Europe, ce type d’achat collectif pourrait devenir une option de plus en plus fréquente, à condition d’être bien encadré.
Source : https://www.infosimmo.com/